Il est temps de rapatrier Omar Khadr…

Il est temps de rapatrier Omar Khadr…

Le cas  de Omar Khadr, l’enfant soldat, dernier citoyen d’un pays démocratique, encore détenu à la prison de Guantanamo, est à la fois inquiétant, étonnant et porte à croire que le sort des ressortissants canadiens détenus à l’étranger n’a pas beaucoup changé depuis le cas de Maher Arar, c’est-à-dire qu’ils sont à peu près livrés à eux même à moins d’une campagne de sympathie intense ou d’une tôlée de l’opinion publique.

Jusque là, la réaction de l’opinion publique est restée plutôt timide et mitigée. La famille de ce jeune détenu âgé aujourd’hui de 21 ans et emprisonné depuis 6 ans, n’est pas il faut l’admettre des plus sympathiques ni des plus aimées au Canada. Et il y a de quoi puisque les propos tenus par la mère et la sœur du Khadr lors de leur célèbre entrevue à CBC ont attiré les foudres des gens et a créé une répulsion difficile à enrayer des mémoires et des esprits. Toutefois, un gouvernement doit faire la part des choses et montrer plus de lucidité et de vision quand il s’agit de sa propre réputation en matière des droits de la personne. Un gouvernement ne doit pas prendre des décisions au grès des sondages d’opinion mais plutôt, il doit agir avec beaucoup courage et responsabilité, surtout quand il s’agit du respect des droits de ses citoyens.

Et pourtant, la liste des organisations des droits de la personne en faveur de rapatriement de Khadr s’allonge chaque jour, des politiciens canadiens de divers partis ont depuis longtemps réclamé que Omar Khadr soit retourné, les noms de professeurs, sommités en droit international et criminel n’arrêtent pas de répéter que le Canada ferait mieux de demander des États-Unis le retour de Khadr. Mais le gouvernement actuel continue à faire la sourde oreille comme si rien ne se passe et comme s’il attend à ce que les États-Unis prennent une décision à sa place. Cette attitude est fausse et déplorable pour plusieurs raisons:

–   La prison de Guantanamo n’a aucune crédibilité juridique. Cette prison insulaire éloignée, perdue entre ciel et mer, est devenue un symbole de honte qui viendra hanter l’administration américaine à chaque fois qu’il s’agit de promouvoir les droits de la personne dans le monde. Le Canada n’a pas besoin d’une telle association pour montrer sa coopération avec le gouvernement américain.

–   Le dernier jugement de la cour suprême du Canada du 23 mai 2008, même s’il ne donne pas entièrement raison à la défense de Khadr, pose un geste symbolique et envoie un message implicite au gouvernement de Stephen Harper que les agents canadiens ont agi illégalement en interrogeant Omar Khadr à la prison de Guantanamo. Ainsi, le haut tribunal du pays a ordonné l’envoi des documents relatifs à l’interrogation de Khadr  par les agents de services de renseignements canadiens et ceux du ministère des affaires étrangères aux avocats de Khadr, justifiant leur décision par le fait que le Canada a participé dans un processus contraire au droit international.

–   Le Canada s’est toujours prévalu de sa renommée en  matière de la défense des droits de la personne aussi bien à l’intérieur du pays que sur la scène internationale. Toutefois, en persévérant dans son mutisme et dans son entêtement vis à vis de la prison de Guantanamo et du cas Khadr, cette renommée risque de devenir une simple impression qui ne dupera personne.

–   Le Canada doit suivre les exemples de la Grande-Bretagne, de l’Australie et de la France qui ont tous demandé et obtenu le retour de leur citoyen détenus à Guantanamo. En emboitant le cas, le Canada ne fera que son devoir : défendre l’un des siens quelles que soient les allégations ou accusations contre lui et quelles que soit leur gravité.

–   Seul un retour au Canada permettra à cet enfant soldat d’être traité avec justice et dignité. Dans une société démocratique et libre, une personne ne doit pas être jugée d’où elle vient ni à quelle famille elle appartient mais plutôt sur la base de ses actions et c’est seulement justement sur cette base que le gouvernement canadien doit agir dans ce cas.

Pour toutes ces raisons et pour plusieurs autres, il est devenu urgent que le gouvernement agisse et fasse son devoir.

Monia Mazigh.

Cet article a été publié dans La Presse en juin 2008.

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