La crise financière

La Revanche du risque

Après la débâcle de Enron  en 2001, dans ce qui a été décrit comme la fraude du siècle, le marché financier s’est promis que jamais plus les choses ne seront plus laissées au hasard et que les transactions louches seraient scrutées à la loupe. Ainsi, plusieurs professeurs à l’époque et même bien avant ont commencé à parler des bienfaits de l’introduction des cours d’étique dans les écoles prestigieuses de gestion et il est vrai que les années qui ont suivi cet épisode douloureux plusieurs cours d’étique et de « bon » management ont pu voir le jour. Mais  il serait un peu naïf de croire qu’un simple cours d’étique pourraient régler un problème inhérent dans le monde de la finance et plus précisément dans les départements de gestion qui forment les futurs gestionnaires qui se retrouvent le plus souvent dans les corridors de Wall-Street ou du Chicago Board of Trade et d’autres bourses internationales.  Il faut plutôt remonter aux années 80 pour comprendre les sources de la tragédie que nous avons devant nos yeux sur les banques et les marchés financiers. Il est évident que le commun des mortel attribue ce désastre au nombre de crédit douteux que les banques ont pris depuis des années. Mais il faut un peu gratter l’endroit pour découvrir que derrière les crédits douteux il y eu l’émergence depuis la fin des années 80 de toute une panoplie de produits dérivés et toute une gamme de nouveaux produits au nom aussi barbare qu’exotique et que des mathématiciens métamorphosés en génie de la finance  sont venus offrir aux dirigeants des banques et des maisons de courtage pour les protéger contre le risque de plus en plus grandissant et de plus en plus mutant.  Ainsi des noms comme contrat à terme, swap, plain vanilla options restent inconnus du grand public mais sont des produits de la haute finance conçus tous les jours par des grands noms de la mathématique financière pour venir en aide aux besoins de plus en plus urgents des banques qui en prenant des positions hautement spéculatives sur certains marchés, comme le marché du crédit douteux, veulent se protéger en achetant des produits dérivés pour amortir leur chute quand les choses vont mal ou profiter des meilleurs scénarios quand les bons vents soufflent sur l’économie. Les mathématiciens de la finance sont devenus les « Dr. Phil » de tous les jours qu’on appelle pour tailler sur-mesure un nouveau produit financier dont la formule d’évaluation mathématique est bourrée de lettres de l’alphabet grec et qui demande des heures de simulation informatique pour donner une approximation de leur valeur. Ainsi, graduellement, les banquiers supposés gérés et surtout comprendre et réduire le risque, se sont entourés de belles formules leur donnant la fausse impression qu’ils sont devenus invincibles et que le risque est finalement maitrisé.

Et pourtant cette quête du profit et cette soif du gain sans tenir compte du risque a été derrière l’affaissement de la compagnie Long Term Capital Management établie par des prix Nobel de l’économie, la crème de la crème du monde de la finance, mais qui vers la fin des années 90 a nécessité l’intervention des plusieurs banques parmi lesquelles Lehman Brothers qui se trouvent aujourd’hui par ironie du sort dans une situation  de faillite. Il semble que les marchés ont oublié cet épisode ou du moins ils n’en ont pas tiré de leçon.

Ainsi, il est devenu révolu le temps où les financiers s’occupaient à trouver la meilleure combinaison entre les capitaux propres et la dette pour maximiser la valeur de la firme.  Les étudiants en finance passent beaucoup de temps à décortiquer des formules mathématiques et peu de temps à analyser et comprendre le monde qui les entourent. Ils terminent leurs études  en pensant que les formules programmées dans leur ordinateur seront toujours là pour quantifier le risque, le contenir et les sauver. Mais, on aurait dit que le risque cette-fois a fait fit de toutes les formules, il s’est déchainé pour venir manger les profits faramineux accumulés depuis des années.  Et les simples citoyens dans tout ça? Perdu dans la tourmente? Seule plus de transparence et d’imputabilité, moins d’arrogance et plus d’étique dans la gestion des entreprises pourraient redonner confiance aux gens.

Monia Mazigh détient un doctorat en finance de la faculté de gestion de McGill. Elle milite pour les droits de la personne et a publié un livre Les larmes emprisonnées chez Boréal, Octobre 2008. Cet article  a été publie dans Le Devoir du 11 novembre 2008.

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