L’affaire DSK…Une guerre de symboles

L’affaire Dominique Strauss-Kahn, DSK, a tenu le monde en haleine pendant quelques semaines. Il y eut bien sûr la bombe médiatique lancée sur la scène publique, l’effet de surprise et d’incrédulité de toutes parts et bien évidemment tout le débat qui s’en est suivi. Les opinions étaient tranchées, les idées diamétralement opposées, dépendamment de quelle rive de l’océan Atlantique on se situe, et l’effet sensationnaliste de la chose a fait tourner pleins de têtes et rouler pleins de yeux. Deux questions me passionnent dans cette affaire: le monde de la finance et celui des femmes.

Commençons par celui de la finance. En effet, DSK n’est autre que le directeur du superpuissant Fond Monétaire Internationale, organisme qui n’a pas cessé depuis un demi-siècle de dicter ses mesures draconiennes et ses remèdes miraculeux aux pays pauvres pour sortir de leur marasme économique, de leur misère et voler vers le néolibéralisme sans frontière. C’est encore ce même organisme qui élaborait tout récemment un plan de sauvetage pour venir en aide à la Grèce, un pays qui ne s’est pas toujours remis de ses problèmes financiers de surendettement depuis l’écroulement du marché immobilier américain de 2008. Dans cette optique, l’accusation de DSK d’agression sexuelle, de tentative de viol et
de séquestration, constitue un coup dur pour le FMI. Il s’agit d’une accusation contre tout un système, une sorte de mise à mort de tout un symbole. Et ce n’est pas pour rien que les politiciens des pays du G8 se sont tout de suite mis d’accord pour contraindre DSK à  quitter l’organisme aussi tôt que possible afin que la réputation du Fond ne soit pas entachée même si pour le moment aucune accusation n’a été confirmée par aucun tribunal.

Ainsi, il a fallu seulement quelques jours pour que DSK annonce le 18 mai sa démission de la tête du FMI et pour que la page soit tournée sur sa présidence qui durait depuis 2007 avec la bénédiction à l’époque du président français Nicolas Sarkozy. Ironie du sort, ces accusations graves survenaient au même moment où les questions de financement des économies arabes se posaient avec insistance depuis le départ des tyrans égyptien et tunisien. DSK était attendu à
Tunis vers la fin du mois de mai.

Pour la petite histoire, DSK est allé même visiter Tunis au nom du FMI, le 18 novembre 2008, il y avait rencontré le dictateur Ben Ali et, à cette occasion, il avait félicité la Tunisie pour son taux de croissance, et la vigueur de son développement économique. « La Tunisie est un bon exemple à suivre pour beaucoup de pays qui sont émergents », avait même dit DSK.

Nous savons aujourd’hui, que ces mots n’étaient que de la poudre
aux yeux teintée avec une langue de bois. Tout le monde savait que l’économie de la Tunisie était artificiellement gonflée par des prêts généreux et gangrenée par la corruption. Ces paroles mielleuses servaient tout juste de rempart contre la menace islamique même si en contre-partie, on fermait les yeux aux exactions du régime Ben Ali.

Qu’en est-il du deuxième point ? Celui des femmes. Dans cette affaire, il y a deux femmes qui s’affrontent. Mais c’est également deux visions de la vie qui s’opposent. Ces deux femmes ne se connaissent pas, elles viennent de deux mondes différents. Elles ont des motifs divergents pour ne pas dire contradictoires. Mais chacune à sa manière, aimerait remporter une bataille. Une est une célébrité, elle est belle, riche et puissante mais, surtout, elle est mariée à DSK. Elle s’appelle Anne Sinclair. Elle veut sauver son homme à tout prix, au sens le plus large du terme.

L’autre est une personne anonyme, une femme, très ordinaire, probablement pauvre. Elle travaille comme femme de ménage à l’hôtel Sofitel de New York. Elle est immigrante, africaine et mère monoparentale. Elle a eu le courage de porter plainte contre un homme puissant habitué à se faire entendre, surtout par les pauvres. Elle veut retrouver sa dignité à tout prix.

Ce deuxième portrait de femmes, aurait soulevé bien de sympathie auprès de l’opinion publique française si l’accusé n’était pas aussi connu et célèbre à l’image de DSK. Mais, il semblerait que dans cette affaire, les rôles se sont inversés et que la victime, ici la femme de ménage, devrait montrer hors de tout doute qu’elle a bel et bien subi tout ce dont elle l’accuse. Laquelle de ses deux femmes auraient raison du système de justice ?

Est-ce que le monde est prêt à accepter l’idée qu’un homme de la stature de DSK peut commettre des actes aussi horribles, même si pour le moment il est toujours considéré comme innocent jusqu’à preuve du contraire? Quelle image de femmes veut-on promouvoir ? Celle qui est pauvre, qui n’accepte pas l’injustice et qui serait peut-être sauvée par le rêve américain ? Ou celle de Marianne, le symbole de la République française, qui se rangerait derrière son époux, pour sauver la face ?

Une chose est sûre. Les enjeux sont plus que personnels. C’est une guerre de symboles. L’affaire DSK ne nous a pas encore livré tous ses secrets.

Le 13 juin 2011

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