Voter…Oui ! Mais pour qui ?

Le 13 janvier 2011. C’était à la fois l’euphorie et la peur dans les rues de Tunis. La Nirvana pour les jeunes, le jour du « jugement dernier » pour les vieux. L’espoir et le rêve qui tournaient les têtes et faisaient battre les cœurs des millions de tunisiens. Tout allait vite, les photos super géantes du dictateur Ben Ali qui auparavant décoraient les murs et façades de la capitale Tunis, étaient maintenant déchirées, brûlées et jetées dans les poubelles. Les balles tirées par des snipers mercenaires trouaient les chaires des manifestants et enlevaient des vies. Les visages basanés des jeunes garçons tunisiens côtoyaient les cheveux frisés en l’air des jeunes filles en jeans, les barbes longues rencontraient les foulards, les riches et les pauvres se voyaient presque pour la première fois sur une même place…Tout ce beau monde était sortit sur les artères principales de l’avenue Bourguiba, équivalent des Champs-Élysées de Paris,  pour réclamer le départ du dictateur qui pendant 23 ans a régné sans merci, sous un grand faux-semblant de démocratie avec des scrutins électoraux de 90% et quelques poussières. Et bien sûr il y avait le reste du  monde qui regardait sur les écrans de télé ce petit pays se démener contre les griffes de la violence, contre la corruption et contre l’oppression.

Le coup de théâtre n’a pas tardé à venir, le dictateur est parti à la hâte, apparemment avec une petite valise dans la main, tombant dans son propre piège sécuritaire. Il pensait revenir pour mieux mater la population. Peine perdue, le peuple a déjà  fait son choix. Aujourd’hui, Ben Ali est toujours en Arabie Saoudite, une autre dictature lui a ouvert les portes d’un de ses somptueux palais pour s’y réfugier.

Les mois qui ont suivi ce changement qui a balayé le monde arabe ont amené une nouvelle donne dans la région. Désormais, on parle de printemps arabe. Plusieurs pays arabes ont été affectés par avec des résultats mitigés. L’Égypte, la Jordanie, le Yémen, Le Bahreïn, la Libye, la Syrie et qui sait encore ?

Le 23 octobre prochain, des élections sont prévues en Tunisie pour choisir une assemblée constituante, qui aurait pour tâche principale dans les deux ou trois prochaines années, d’accoucher d’une nouvelle constitution, d’écrire une loi sur le financement des partis politiques et bien évidemment de préparer des élections présidentielle et législatives qui paveraient la voie vers une ère nouvelle.

Cependant tout n’est pas aussi rose que cela semble l’être. Depuis, le départ du dictateur,  le pays est plongé dans des querelles byzantines entre intellectuels qui se sont voient enfin sollicités, des débats interminables entre des vieux partis politiques amis de connivence d’hier et ennemis déclarés d’aujourd’hui. La droite contre la gauche, le conservatisme contre le progressisme, le communisme contre le capitalisme, l’islamisme contre le sécularisme. A qui mieux mieux ! Les enchères sont lancées, le peuple est déboussolé. Il est sollicité de partout mais ne sait plus ou donner de la tête. Alors qu’on lui a usurpé le droit de vote depuis des siècles, voilà qu’on lui remet le droit de vote mais avec une centaine de partis politiques à choisir. De quoi rendre sceptique le plus enthousiaste des militants pour la démocratie ! Qui choisir et pour qui voter ? Doit-on voter pour les frères musulmans de Al-Nahda et remettre ainsi la Tunisie sur le chemin d’un islam version « light » à la turque où modernité et religion se coudoient au risque de brandir la menace de l’intégrisme religieux, ou plutôt voter pour un parti de gauche comme le Parti Communiste de Ouvriers Tunisien qui défendraient bec et ongle la Tunisie profonde avec ses région pauvres et éloignées, ses classes ouvrières défavorisées et opprimées au risque de faire fuir les capitaux privés et les investisseurs ou alors donner sa voix à un parti de mouvance politique et économique libérale qui ferait la joie de l’élite francophone séculaire mais qui laisserait tomber l’identité arabo-musulmane de la majorité des tunisiens. La réponse à ces questions reste ouverte. Et elle le sera jusqu’au 23 octobre…D’autant plus que pour les 15 milles canadiens d’origine tunisienne vivant au Canada, Mr. Baird, le ministre canadien des affaires étrangères n’a pas jugé bon leur accorder le droit de faire campagne électorale sur le sol canadien. Souveraineté oblige ! Mais, pas de problème allez votez quand même…Pour qui ? Je ne le sais toujours pas !

Cet article a été écrit quelques semaines avant la tenue des élections en Tunisie.

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