Pas de démocratie sans justice

Depuis que Mohamed Bouazizi, le marchand ambulant de légumes tunisien s’est immolé par le feu pour signifier son indignation, sa colère mais aussi son désespoir à trouver justice dans un pays ravagé depuis des décennies par les inégalités, le népotisme, la pauvreté et la corruption, la Tunisie est devenue un symbole d’espoir, un rêve en quelque sorte pour tous les peuples du monde en quête de justice et de liberté. Ainsi, avec la fuite surprise de l’ancien dictateur tunisien Ben Ali du pays, tous les yeux des peuples arabes se sont rivés vers ce petit pays de l’Afrique du nord, presque méconnu du grand public, niché entre deux puissances à la fois géographiques et économiques : l’Algérie et la Libye.

Cahotant et titubant, la Tunisie a depuis un peu plus d’un an, amorcé son long et sinueux chemin vers la démocratie. Un chemin, il va sans dire, rempli d’embûches, de nids de poule et parfois carrément de barrages routiers…

 

L’automne dernier, des élections pour une assemblée constituante ont eu lieu, le parti islamiste Ennahda est en sorti grand vainqueur. Depuis, un bras de fer continuel se tient sur la scène publique entre les partisans d’Ennahda et ceux qui y sont opposés. Le peuple qui pendant les cinquante dernières années a subi le joug de Bourguiba puis celui de Ben Ali, suit ce match l’air fatigué, un peu, confus par trop de démagogie, et surtout ayant l’air de se questionner « mais où sont passés nos droits dans tout ça ?».

Plusieurs pays dans le monde ont vécu des périodes traumatisantes ou des tragédies humaines dans leur histoire. C’est notamment le cas de l’Afrique du Sud qui a vécu toute l’époque ignoble de l’Apartheid. Ou alors, les pays de l’Amérique Latine avec en l’occurrence : l’opération Condor où des milliers de personnes ont été tuées, emprisonnées et torturées. Évidemment, il y a des degrés de gravité et l’Apartheid ce n’est pas la Tunisie.

En Tunisie, ce n’était pas le racisme systémique mais c’était l’injustice à tous les niveaux. C’était des familles à qui des terres et des biens ont été confisqués parce que le patriarche aurait critiqué le régime. C’était des disparitions et des descentes au milieu de la nuit parce qu’un membre de la famille serait un opposant politique. C’était un redressement fiscal de plusieurs années pour un professionnel trop bavard mais c’était aussi simple que des gifles claquées par le policier parce que notre gueule ne lui plaisait pas trop ou qu’on faisait semblant ne pas comprendre ses insinuations pour un petit bakchich.

 

Les islamistes n’ont pas été les seuls à souffrir de ses exactions. Bien avant eux les communistes, les yousséfistes, nationalistes opposés à Bourguiba, et la liste est longue. Avec Ben Ali, cette liste s’est rallongée pour même rattraper les hommes d’affaires encore honnêtes qui ne voulaient pas entrer dans les stratagèmes mafieux de la clique présidentielle.

Ces crimes et injustices ont été commis au su et au vu de plusieurs personnalités politiques encore vivantes et toujours libres. Les langues semblent encore liées et quand elles se délient c’est pour marquer des points politiques ou défendre des intérêts purement personnels. Même les commissions qui ont été mises en place pour rapporter des injustices n’ont jusque là aboutit à rien de grandiose. Des miettes de justice, comparées à de plats géants d’injustice qui mijotent à ptit feu depuis des années.

 

Un pays ne peut pas se lancer dans le futur s’il n’a pas fait la paix avec son passé. La démocratie ne peut pas esquisser ses premiers pas si le peuple ne voit pas que les terres qui lui ont été injustement prises lui sont restaurées ou que l’un des leurs soit réintégré au poste duquel il a été congédié. Les régimes dictatoriaux ont cette fâcheuse tendance à semer la zizanie et la suspicion entre les gens. Le père s’insurge contre la mère, la sœur déteste le frère et le policier est par dessus tout contre tout le petit peuple. La Tunisie n’a pas échappé à ce sort mais en plus la discorde des régions s’y est rajoutée : le nord contre le sud, le Sahel (région du littoral) contre l’intérieur, les éduqués contre les ignorants, les riches contre les pauvres et les religieux contre les laïcs.

La Tunisie n’a pas besoin d’une guerre civile ou d’un chaos pour retrouver la voie de la liberté.  Elle n’a pas besoin des ces politiciens opportunistes de tout bord qui déchirent leurs chemises en public en jurant par tous les noms qu’ils oeuvrent pour le bien de leur chère patrie. La Tunisie a besoin, aujourd’hui plus que jamais, d’une commission de justice et de réconciliation. Les peuples arabes ont en marre de leur dictateurs certes, mais ils ont soif de justice et non de simulacres de procès et de mascarades de justice.

 

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