Une place dans le cercle

Le mois de décembre passé je suis allée visiter Tunis, ma ville natale. Depuis quelques années, j’y vais tous les deux ans. C’est peut-être la vieillesse qui pointe à l’horizon et qui me rend nostalgique. Nostalgique des odeurs de mon enfance, des couleurs du ciel de l’été à la tombée du soir, après les journées de chaleur torride que je passais dans ma chambre en train de lire, presque collée au mur à la recherche, en vain, de fraicheur. Nostalgique aussi des amitiés que le passage du temps a graduellement effritées pour presque effacer. À chaque visite je regarde les photos que j’ai conservées. Comme si j’allais découvrir quelque chose de nouveau. Et pourtant je les connaissais par cœur. Les photos d’anniversaire où chaque enfant arbore un sourire, prend une pose particulière pour se distinguer. Celles de mariages, avec les robes blanches et longues, les cheveux coiffés pour l’occasion, le regard blasé, des ballons flétris qui trainent par terre. Mais la photo dont je me souviens le plus c’est celle que ma mère a prise à la veille des vacances d’été dans la cour de mon école primaire.

Me voilà avec trois autres filles. Quatre fillettes qui se ressemblent. Non pas physiquement, mais par leurs traits réguliers, les cheveux coupés à la garçonne ou tirés à l’arrière, des petites robes bien propres. Nous dégagions l’odeur de la classe moyenne, nous en exhumions le parfum caractéristique avec un sourire poli et un regard innocent. Les mêmes couleurs, les mêmes rêves, tous peints du même pinceau. C’est justement cette photo qui me revient à l’esprit quand je suis amenée à parler du Canada. Des petites filles de six ans dans une cour d’école et qui s’arrêtent le temps d’une photo.

Je suis arrivée à Montréal pour la première fois au mois de mars 1991. Ce fut pour moi une sorte de voyage initiatique de Tunis à Montréal après une escale de quelques heures à Amsterdam. Traverser l’Atlantique par les cieux. Tout est à la fois grand et petit. Le vaste ciel, les nuages à perte de vue et les terres qui paraissent comme des formes géométriques tirées d’un manuel scolaire. Montréal vue du ciel paraît si bien ordonné, des blocs d’immeubles, quadrillés è à l’horizontale et à la verticale par des rues et des boulevards. Rien à voir avec les cercles concentriques et les labyrinthes que j’aperçois de mon hublot en atterrissant à Tunis. L’ordre et la symétrie sont beaux à voir. Mais ça me faisait peur aussi. Quand on a grandi dans le chaos, on ne peut qu’être fasciné par l’ordre. Mais au bout de la fascination, il y a la peur. La peur de ce que cet ordre peut nous cacher.

C’était ma première rencontre avec des gens qui ne me ressemblent pas. Bien sûr qu’il y avait les livres et la télévisions. J’ai grandi avec les deux. Ils étaient mes guides du monde extérieur. Comprendre les autres. Comprendre ceux qui ne parlaient pas la même langue que moi et ceux qui ne me ressemblaient pas. Mais ce n’était pas suffisant. Rien ne peut remplacer le contact humain, le témoignage des yeux. Voir les rues de Montréal pour la première fois, c’est un peu comme traverser la manche à la nage. Les voitures qui arrivent par vagues successives, les feux de circulation qui commencent déjà à clignoter à peine qu’on a commencé à traverser la rue. Le plus souvent, je finissais presque en courant de peur d’être happée par la prochaine vague. Pas de marchands ambulants qui déballent leurs bric-à-brac, pas de policiers qui les guettent au bout de la rue pour leur faire un contrôle d’identité, et peut-être alors leur confisquer leur pacotille en fourrant le tout dans l’arrière d’un camion.

Quand je marchais dans les rues de Montréal, je passais inaperçue. Une étrangère parmi tant d’autres. En 1991, je faisais partie de ce 16% des Canadiens qui sont nés à l’étranger, aujourd’hui, il y en a encore plus et de toutes les couleurs : plus de 20%. C’est surtout ce mélange de cultures qui décrierait ma nouvelle vie au Canada.

En Tunisie, pendant les vingt ans que j’y ai vécu, j’ai rarement rencontré des personnes d’une autre culture ou d’une autre religion, à part bien sûr les touristes qui remplissaient les souks et à qui les « locaux » vantaient les attraits de leurs marchandises : un tapis pure laine, un plat décoratif en cuivre, une lanterne scintillante. Ces touristes étaient pour moi d’une classe à part. Un peu comme des objets exposés dans une musée. On regarde mais on ne touche pas.

Mais au Canada, les gens qu’on prendrait pour des touristes à Tunis, c’étaient mes concitoyens. J’allais à l’université avec eux. Je m’asseyais à leur côté, ils étaient caissiers au supermarché et certains étaient même mes professeurs. En Tunisie, les gens pensaient un peu qu’ils étaient le centre du monde, qu’ils avaient la meilleure nourriture au monde, bien avant de l’avènement de la diète méditerranéenne; qu’ils avaient les meilleures plages au monde même si celles-ci étaient remplies de baigneurs et de pelures de pastèques et, bien sûr, la meilleure équipe de foot au monde sans avoir une fois gagnée la coupe du monde. C’est un peu ce sentiment un peu villageois et provincial, qui fait que les gens s’aiment et se détestent à la fois et ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, sinon de leurs frontières. J’ai grandi là-dedans. Avec des blagues sur les voisins libyens et algériens, un sentiment de supériorité éphémère pour oublier l’oppression.

J’ai rencontré une personne d’origine libyenne pour la première fois à Montréal. Tout d’abord, les mauvaises blagues me sont remontées à l’esprit mais tout de suite après je me suis rendu compte de la bêtise et la petitesse dans laquelle je me suis confinée pendant toutes ces années.
Car cette personne était l’amie d’une amie. Elle parlait français, elle entamait une maitrise en biologie et venait détruire en quelques minutes tous les stéréotypes que j’avais accumulés dans ma tête pendant des années.

Le quartier dans lequel j’ai vécu à Montréal, s’appelle Côte-des-Neiges. C’est l’un des quartiers les plus multiethnique du Québec sinon du Canada. Mais il n’y a pas d’ethnie ou de culture qui l’emporte sur une autre. Ce n’est pas non plus un ghetto où des gens s’entassent dans la misère ou la pauvreté. C’est un quartier dynamique, rempli de couleurs et de saveurs, dans lequel j’avais facilement accès au transport en commun et à l’université. J’allais à pied à l’École des Hautes Études Commerciales où je poursuivais mes études. Je pouvais aussi faire mes courses dans la multitude de commerces qui bordaient la rue principale qui porte le même nom que le quartier. Librairies, pâtisseries, marchands de fruit et de légumes, se côtoyaient en offrant des produits provenant du monde entier.

A chaque fois, que je passais par l’école du quartier, j’avais l’impression de passer par une mini-délégation onusienne. Rien à voir avec la photo avec mes amies dans ma cour d’école.
Les mêmes couleurs et les mêmes visages. Et pourtant la même ambiance bon enfant y régnait : les cris des enfants qui jouaient, les enseignants qui surveillaient de loin et les passants qui regardaient en souriant.

Même quand j’ai déménagé quelques années plus tard pour m’installer avec ma famille à Ottawa, la capitale du Canada, j’ai vécu une expérience tout à fait semblable. Le quartier Bayshore n’était pas aussi urbain que Côte-des-Neiges, mais tout aussi multiethnique. C’est un peu la banlieue où des personnes de différentes origines habitaient dans un même complexe résidentiel.

A l’époque, j’amenais tous les après-midis ma fille d’un an jouer au parc. C’est là où je voyais réellement la mosaïque du quartier : les petits canadiens de souche dans le carré de sable en train de jouer avec les petits chinois, que les grands-parents surveillaient du coin de l’œil tout en continuant leur conversation animée en mandarin. Il y avait aussi les garçons sikhs dont on essayait de faire pousser les cheveux enroulés en chignon dans un petit foulard de couleur vive. Les grands- parents jouent un rôle important dans ses communautés qui sont arrivés au Canada par vagues successives au grès des guerres qui se passaient ailleurs, des situations géopolitiques de certaines régions et des crises économiques.

Règle générale, les hommes arrivaient en premier, suivis par leurs épouses, puis les grands-parents, grâce au programme de réunification familiale. Ces grands-parents étaient un peu le point d’attache de ces communautés dans ce nouveau pays qui deviendraient ultérieurement les meilleurs « baby-sitters » de la famille.

Quand ma fille avait quatre ans, elle est entrée à l’école du quartier. C’est alors que j’ai pu voir de près cette diversité culturelle. J’allais une fois par semaine lire des livres aux enfants. Les enfants arrivaient avec des bagages différents. Ceux qui ont fui la guerre comme les somaliens et ceux qui ont été expulsés d’un pays qu’ils ont fait le leur mais qui les trouvait tout d’un coup encombrants, comme les palestiniens qui vivaient au Kuwait chassés du jour au lendemain. Il y avait ceux qui ont pu transférer leur fortune d’un compte bancaire à un autre mais aussi ceux qui malheureusement n’ont eu le temps de rien prendre, même pas une photo d’enfance. Je lisais des histoires à ces enfants qui, dépendamment de leur niveau de scolarisation, m’écoutaient les yeux avides et les oreilles remplies de cette nouvelle langue qui s’ajoutait à leur monde. Je ne comprendrais jamais leur monde. Quand j’avais leur âge, mon monde était simple, monochrome et dans un sens, prévisible. Le leur était tout autre. Un déracinement parfois involontaire, de nouveaux visages, et surtout de nouveaux rêves, multicolores.

Mais le Canada n’a pas toujours été celui que je décris, un endroit un peu idyllique où plusieurs cultures cohabiteraient dans une ambiance douce et sereine. C’est le défunt père de l’actuel Premier Ministre, Justin Trudeau, qui a introduit cette politique qui s’appelait multiculturalisme. Aujourd’hui, il y a certains qui ne jurent que par cela alors que d’autres n’y voit qu’un spectre qui va déchirer les valeurs traditionnelles européennes et chrétiennes qui ont bâti le Canada depuis sa création en 1867, et même défavoriser le Québec dans sa quête d’une identité nationale distincte.

Et même si cette politique a été mise en place en 1982 et inscrite dans la Charte Canadienne des droits et libertés, elle n’a pas été établie pour des raisons purement innocentes d’amour et de compassion. Si Pierre Elliot Trudeau possédait bien un atout, je dirais qu’il était fin politicien et excellent visionnaire. En fait, il a vite compris que le Canada ne pouvait pas perdurer politiquement si on n’y introduisait pas une politique de diversité culturelle qui garderait les communautés culturelles satisfaites et maintiendrait en quelque sorte la paix « sociale ».

En effet, ce n’est pas un secret que le Canada n’est pas seulement le fait de la colonisation française puis anglaise. Il a été construit par des communautés culturelles différentes issues de l’immigration. Les traces italiennes sont encore visibles dans certains quartiers de Montréal avec les maisons en duplex ou triplex où les propriétaires vont habiter l’appartement du sous-sol et louer le premier et deuxième étage, souvent à de nouveaux immigrants, pour rembourser un prêt hypothécaire. Toronto, une autre ville où les différentes cultures se sont succédé est aussi encore un vestige urbain de ces vagues migratoires : juifs, italiens, grecs, portugais, et polonais, tous y sont passés et tous y ont laissés leur empreinte. Le quartier chinois de cette ville constitue aujourd’hui une attraction touristique pour certains visiteurs avec ses restaurants où les nourritures coréenne, vietnamienne et japonaises se côtoient.

Mais le multiculturalisme n’est pas seulement une succession de mets gastronomiques ou des boutiques de saris indiens ou de marchands de fruits exotiques.

Entre 1885 et 1923, une taxe d’entrée à l’immigration fut imposée aux immigrants chinois, ceux qui ont construit le chemin de fer canadien qui relie l’Océan Atlantique au Pacifique. Ces hommes ont injustement payé pendant des années des sommes importantes pour pouvoir venir s’établir au Canada et pour ramener leurs épouses et fonder une famille. Ce n’est qu’en 2006 que le gouvernement canadien s’est excusé auprès de la communauté chinoise pour le tort qu’il leur a causé.

En 1914, le bateau Komagata Maru est venu accoster sur les côtes canadiennes. A son bord, 376 passagers d’origine indienne, tous venus chercher une vie meilleure au Canada. Mais le bateau a dû rebrousser chemin parce le Canada leur a refusé accès.

Il n’y a pas si longtemps, en 2010, un cargo, le « MV Sun Sea », qui transportait 492 réfugiés tamouls du Sri Lanka fuyant la guerre civile et cherchant un sanctuaire au Canada, a été intercepté par la garde côtière canadienne. Pire, les agents des services frontaliers canadiens sont montés à bord et ont arrêté enfants, femmes et hommes. Certains ont été détenus pendant des mois dans des centres de détention. Vraisemblablement, le multiculturalisme avait des limites.

Toutefois, depuis que je suis établie au Canada, j’ai pu voir à maintes reprises, surtout lors des visites scolaires que j’entreprends lors de certains festivals littéraires, que c’est à l’école que tout se passe.

Lors d’une rencontre avec des lycéens de Vancouver, une ville de la côte ouest du Canada qui compte l’une des plus grosses communautés asiatiques, j’ai pu parler avec des jeunes canadiens qui pour la plupart avaient visiblement des origines asiatiques. Plusieurs d’entre eux rencontraient pour la première fois une écrivaine arabe d’origine nord-africaine. Et pourtant, une fois notre conversation entamée, j’ai vite compris que nous avions des histoires à partager. Pour la plupart le Canada est sans aucun doute le pays natal mais certains restaient attachés à l’histoire d’un grand-père pêcheur d’origine japonaise à qui on a confisqué le bateau de pêche lors de la seconde guerre mondiale ou celle d’un épicier chinois dont on se moquait bien souvent de l’accent. Et pourtant, ces jeunes ont grandi en se voyant parfaitement Canadiens. Ils parlent anglais, parfois même français, ils s’habillent à la mode du jour, mais restent toujours mus par le désir de connaitre leur histoire et surtout de raconter la leur. Ce qui n’est pas toujours facile. Le multiculturalisme n’est pas la carte d’accès magique qui les y conduit automatiquement. Il faut autre chose.

Il y a deux ans, avec la fin de la Commission de vérité et de réconciliation entre le Canada et les premières nations, on a pu assister à l’affranchissement de plusieurs voix autochtones. Ses voix sont importantes car le multiculturalisme n’est pas seulement une mosaïque destinée à « vendre » le Canada au reste du monde. Mais aussi faut-il rappeler que le Canada est le pays qui appartient à des peuples qui ont permis à des « Jacques Cartier » et à des « Samuel de Champlain » de survivre les longs hivers rigoureux en leur faisant découvrir ce vaste pays et en les invitant à leur cercle. Le cercle, symbole si important chez les premières nations comme un lieu où aucune hiérarchie n’existe mais juste des places les unes à côtés des autres avec une parole autour ou bien un silence…

Un grand cercle où de voix diverses se joignent pour chanter ou se taire et contempler le ciel limpide, le fleuve qui coule et le soleil qui brille. C’est justement vers une telle image que j’aimerais voir le Canada se diriger. Un cercle de cultures. Un cercle qui s’élargit et grandit avec le temps.

Je repense encore à cette photo de la petite fille que j’étais dans sa cour d’école. Tous les enfants se ressemblaient. Aucun visage différent, aucune surprise. Rien que la vie qui passe.
Au Canada j’ai découvert la possibilité de voir le monde autrement et de le vivre d’une autre manière. Intense, complexe et surprenante. Je ne pense pas que le multiculturalisme tel que vécu aujourd’hui est parfait. Mais je crois profondément qu’il pourra le devenir un jour. Il faut juste trouver notre voix et notre place dans le cercle.

Une version courte de cet article a été publié au Magazine français, l’Express, Juin, 2018

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En politique, il n’y a pas de “Best Friends Forever”

 

Malheureusement, il semble que pour plusieurs groupes musulmans du Québec, le travail de lobbying ou de représentation des droits des musulmans est souvent confondu avec la notion de tisser une amitié avec certains politiciens.

Heureusement que le premier Ministre Philipe Couillard, considéré par plusieurs de ces groupes comme un ami « raisonnable », est venu leur rappeler que dans la vie d’un politicien ce qui compte le plus ce sont les sondages et les caisses du parti et que les gentils mots échangés pendant certains festivals de « couscous » ou de « chameaux » ainsi que les quelques larmes sincères ou non, versées lors des funérailles des six musulmans assassinés à la mosquée de Québec, sont éphémères, rapidement séchées dès la publication du premier sondage qui dirait par exemple que la Coalition pour l’Avenir du Québec (CAQ), deviendrait un concurrent dangereux dans certaines circonscriptions électorales.

Ce n’est pas un secret que la CAQ, depuis des années, fait de la surenchère politique sur le dos des musulmans, des immigrants, en attisant la peur des citoyens et en leur faisait faussement croire que le terrorisme est un phénomène local et que les musulmans ont tous une part de responsabilité dans les actes violents commis par chacun qui s’appellerait « Mohamed », « Abdullah » ou porterait un prénom à connotation arabo-musulmane. Le premier ministre Couillard, dans sa crainte de voir le tapis lui être tiré sous les pieds par ses adversaires politiques, a haussé le ton et a soudainement laissé tomber ces « amis musulmans » qui tels que rapporté par certains médias sont sous encore le choc, comme si cela n’était pas prévisible à quelques mois des élections provinciales.

Mais, sarcasme mis de côté, les propos du premier ministre du Québec sont graves et erronés pour deux raisons principales.

Tout d’abord, le premier ministre s’est inspiré des propos du président français, Emmanuel Macron, alors que la situation en France est plus complexe et certainement distincte de celle du Québec. La France est en crise depuis des décennies avec ses concitoyens français de foi musulmane, dont les parents ou grands-parents sont d’origine maghrébine, issues des anciennes colonies comme le Maroc, l’Algérie ou la Tunisie.

Que vient faire le Québec là-dedans? Certes, il y a une grande communauté musulmane au Québec (environ 300,000 personnes) dont 63% sont originaires de l’Afrique du Nord, toutefois c’est une communauté issue d’une immigration relativement jeune (début des années 90), appartenant à un groupe socioéconomique, qui malgré les défis de chômage (taux aux alentours de 18%), n’est pas concentrée dans des HLM ou des ghettos ethniques comme c’est le cas de la France, et constitue l’une des communautés les plus éduqués au Canada (48% détiennent des diplômes universitaires).

Par ailleurs, la France, a vu les deux dernières années, une vague d’attentats se déferler sur son territoires. Ces actes ont été commis par des français musulmans. En deux ans, le nombre de victimes de ces actes s’est élevé à 239 victimes. De plus, il y a environ 900 français qui sont partis combattre en Syrie et en Iraq.

Au Québec, il n’y a pas eu de vague d’attentats terroristes. En 2014, il y a le militaire de Saint-Jean sur Richelieu qui a été tué par Martin Rouleau, un jeune qui s’est converti à l’islam et qui faut-il le rappeler souffre de plusieurs troubles mentaux. Et bien sûr, l’histoire des jeunes québécois qui ont quitté le Québec pour aller renflouer les rangs de certains groupes combattants en Syrie. D’après ce que rapportent certains médias, entre 2012 et 2015, il y aurait eu six jeunes qui sont partis et dix autres qui ont été arrêtés par les autorités policières pour avoir essayé de joindre les rangs de certaines organisations terroristes en Syrie. Et malgré ces chiffres statistiquement non significatif, un centre pour la prévention contre la radicalisation menant à la violence a été mis en place à Montréal en grande pompe avec l’aval du maire Denis Coderre et de toute la classe politique. Aujourd’hui, la question qui se pose: « pourquoi, il n’y a pas eu un centre pour la lutte contre l’islamophobie après que six pères de famille soient tués dans leur lieux de prière, le mois de janvier passé? »

Deuxièmement, le premier ministre Couillard, a utilisé dans ses propos une rhétorique dangereuse souvent utilisée par certaines personnes en position de pouvoir et de privilège pour critiquer les demandes de certaines victimes. Ce qu’il a dit serait semblable à critiquer une femme qui a subit une violence sexuelle en lui rétorquant que c’est la façon dont elle s’habille qui est la cause de son malheur.

Et pourtant le premier ministre n’est pas fait une sortie le jour où les chiffres de Statistiques Canada ont révélé que ce sont les musulmans qui sont ceux qui ont subi l’augmentation la plus considérable d’actes haineux.

Non seulement les musulmans ont vu le nombre de crimes haineux contre eux augmenter d’une manière fulgurante mais que cette violence est généralement l’œuvre d’hommes âgés entre 18 à 24 ans.

Pourquoi, alors le premier ministre Couillard ne s’est-il pas adressé à ce groupe démographique et lui faire la leçon de morale, comme il l’a fait avec les musulmans, et lui demander de se distancer de ces crimes haineux et de reformer leur idéologie violente?

Les représentants de la communauté musulmane ont cru qu’en étant gentils et dociles avec le gouvernement, les choses s’amélioreraient d’elle même.

Malheureusement, en politique et quand il s’agit de revendiquer ses droits, il faut crier haut et faire, il faut faire beaucoup de bruit, il ne faut pas mâcher ses mots, il faut des demandes claires et il faut du courage pour poursuivre la lutte.

Après la mort de six hommes tué par un terroriste québécois dont on ignore presque tout sur sa religion et ses croyances religieuses et ses opinions politiques, aucune action concrète n’a été mise en place par le gouvernement Couillard pour éduquer la population et prévenir les actes de haine et d’islamophobie.

Il est temps que les musulmans du Québec, et du Canada aussi, sachent qui ni les Couillard, ni les Lisée, ni les Legault, ni les Nadeau- Dubois, ni même les Trudeau, ne sont des amis pour la vie. Ce sont des hommes politiques qui cherchent à se faire élire et gagner des élections. Le droit à la dignité, le respect et la liberté ne seraient jamais obtenus par des poignées de main, des sourires laconiques ou des « égo portraits » pris avec des politiciens opportunistes, mais plutôt par des luttes sociales, de l’éducation et surtout du travail militant intelligent et courageux, sur le terrain et de longue haleine.

 

 

 

 

 

Lettre à un écrivain emprisonné

Que la paix soit sur vous cher Zuhair Kutbi.

Que la paix soit sur votre esprit et votre corps. Cet esprit et ce corps que la prison, le harcèlement, l’intimidation et l’acharnement tentent chaque jour et chaque instant de faire taire, de faire courber, d’effriter et de détruire. Cet esprit et ce corps qui résistent à l’injustice et à l’arbitraire.

Cher Zuhair Kutbi, vous ne me connaissez pas et je ne vous connais pas. Nous ne nous sommes jamais rencontrés, mais en lisant sur vous, j’ai eu l’impression de lire une histoire que je connais tellement bien. Une histoire avec laquelle j’ai grandie et que j’ai maintes fois entendue dire et redire. Une histoire ou peut-être même une berceuse qu’on chante aux petits mais qui fait peur aux grands. Ceux qui oublient qu’ils étaient un jour petits. C’est l’histoire d’un homme qui réfléchit, un homme qui pense, un homme qui lutte pour un monde meilleur pour les siens et pour les autres. Un homme qui se veut une voix de raison dans un monde déboussolé. Un homme qui a choisit l’écriture comme arme contre l’obscurité, contre la corruption, contre l’oppression.

Un homme qui n’utilise pas des bombes ou des grenades pour tuer, pour mutiler ou pour décimer ses ennemis mais un homme qui choisit des mots, de la prose et des phrases pour convaincre, partager, illuminer et rêver. Un homme qui a été injustement arrêté et emprisonné. Un homme soustrait à sa famille et éloigné de ses amis. Pourquoi? Parce que vous avez osé réfléchir dans un monde où on ne réfléchit plus. Parce que vous avez osé critiquer dans un monde où on ne critique plus. Parce que vous avez simplement aimé votre peuple dans un monde où on n’aime plus.

Cher Zuhair, je vous admire pour votre courage et pour votre témérité. Je vous admire pour avoir parlé alors que des milliers comme vous ont choisi de se taire et plutôt plaire. Je vous admire parce que vous aurez pu avoir la vie facile et devenir un « écrivain perroquet ». Oui, un écrivain qui répète ce que les Maitre veulent entendre, un écrivain qui avant même de rédiger une phrase, pense au préalable au bonbon qui lui serait offert par les Maitres. Voilà tout simplement ce que c’est un « écrivain perroquet ». Ce genre si répandu et qui ne pense qu’au bonbon qui est le plus souvent enrobé de sucre mais dans lequel se trouve un poison dangereux. Un poison qui tue à petit feu, un poison qui nous efface la voix graduellement et nous confisque la raison. Un poison qui après un certain temps, nous rend aveugle, sourd et muet. Un poison qui nous fait perdre notre capacité de discernement.

Cher Zuhair, merci de résister. Ne vous sentez pas seul dans votre prison. Il y a des écrivains comme vous qui chaque jour, pensent à vous et vous parlent de loin. Il suffit de tendre l’oreille vers le loin. Loin, du pays des ours polaire et des phoques, du pays de la foret boréal et de la toundra. Pour ces écrivains, vous donnez le courage, pour ces écrivains vous redonner l’espoir, pour ces écrivains vous offrez un des plus beaux cadeaux. Le cadeau qui consiste à trouver un but pour son écriture, un but à l’amour, un but à la vie!

Chez Zuhair, votre lutte et votre résistance nous aide aussi dans nos propres luttes. Surtout ne vous sentez pas seul. Nous pensons à vous, nous nous inspirons de vous, vous êtes un « écrivain phare ». Celui qui nous éclaire le chemin, celui qui se tient fort et debout, celui qui ne baisse pas l’échine pendant la tempête, celui par qui le changement arriverait.

Ce changement dont vous rêvez et dont on rêve tous, viendra un jour, j’en suis sure. Ma certitude, je la puise de notre humanité commune, de nos luttes communes et de nos espoirs communs. Il y a quelques années, un homme que je n’ai pas connu, mais qui a vécu dans le même pays que le mien. Un homme qui comme vous vient du désert. Le désert qui créé des hommes forts et résilients. Ce désert chaud le jour et froid le soir, c’est le lieu des rencontres, c’est le lieu des contraste, c’est le lieu de la vie et de la mort. Cet homme là, dont je vous parle a lui aussi été un incompris, un homme avant son temps, un homme de mots, un homme de rêve. Il avait dit :

Lorsqu’un jour le peuple veut vivre,
Force est pour le Destin, de répondre,
Force est pour les ténèbres de se dissiper,
Force est pour les chaînes de se briser.
Avec fracas, le vent souffle dans les ravins,
au sommet des montagnes et sous les arbres
disant :
“Lorsque je tends vers un but,
je me fais porter par l’espoir
et oublie toute prudence ;
Je n’évite pas les chemins escarpés
et n’appréhende pas la chute
dans un feu brûlant.
Qui n’aime pas gravir la montagne,
vivra éternellement au fond des vallées”.

Je sens bouillonner dans mon cœur
Le sang de la jeunesse
Des vents nouveaux se lèvent en moi
Je me mets à écouter leur chant
A écouter le tonnerre qui gronde
La pluie qui tombe et la symphonie des vents.
Et lorsque je demande à la Terre :
“Mère, détestes-tu les hommes ?”
Elle me répond :
“Je bénis les ambitieux
et ceux qui aiment affronter les dangers.
Je maudis ceux qui ne s’adaptent pas
aux aléas du temps et se contentent de mener
une vie morne, comme les pierres.
Le monde est vivant.
Il aime la vie et méprise les morts,
aussi fameux qu’ils soient.
Le ciel ne garde pas, en son sein,
Les oiseaux morts
et les abeilles ne butinent pas
les fleurs fanées.
N’eût été ma tendresse maternelle,
les tombeaux n’auraient pas gardé leurs morts”.

Aboulkacem Chebbi

Et c’est par ces mots que j’aimerai terminer ma lettre à vous cher Zuhair. Je vous laisse sur ces notes qui vous connaissez certainement mais que j’ai tellement voulu partager avec vous. Pour vous expliquer la raison de mon espoir et pour ouvrir une brèche dans votre cellule et laisser pénétrer la lumière. Cette lumière que malheureusement vos geôliers ne sauraient voir mais que seulement, vous, moi et tous pleins d’autres pourrions distinguer. C’est cette lumière qui éclairera nos chemins vers la liberté.

Que la paix soit sur vous.

Dr. Zuhair Kutbi est emprisonné, interdit d’écriture, en Arabie Saoudite pour avoir critiqué le régime et suggéré qu’il devrait y avoir une monarchie constitutionnelle. Cette lettre a été lu lors d’un évènement au Salon du livre de Trois-Rivières, Livre Comme l’Air, en collaboration avec Amnistie Internationale.

Quand les mots tuent

Hier le Centre Islamique de Québec a été le théâtre d’un acte terroriste. Peu importe les motifs et l’origine des terroristes, ils sont entrés dans un lieu de culte et ont tué des gens qui priaient. Les lieux de culte partout dans le monde sont considérés comme des sanctuaires. Un endroit pour méditer, réfléchir, se protéger des maux extérieurs de la société, oublier, s’oublier. Apparemment, ce n’est plus le cas au Canada, du moins depuis hier. Une mosquée est devenue une cible sanglante. Une cible pour des attaques haineuses qui ont été nourries depuis des années par les radios poubelles du Québec qui vomissent leur venin enrobé de liberté d’expression dans les oreilles des populations. Nourries aussi par la cupidité sans borne de certains politiciens qui veulent se faire une carrière politique sur le dos des plus vulnérables. Voici, où nous en sommes arrivés. Au bord du gouffre, sinon, en plein dedans.

Jusqu’à aujourd’hui, le mot islamophobie n’est que rarement utilisé par les médias du Québec soit-disant de peur de jouer la carte des islamistes et d’exagérer un phénomène qui n’existe même pas. Alors que des islamophobes comme Djemila Benhabib, Mathieu Bock-Côté, pour ne citer que ceux-la, se cachent derrière des airs sophistiqués de laïcité à géométrie variable pour ne pas dire carrément asymétrique sont toujours les bienvenus sur les scènes publiques. Plus que ça, ce sont les chouchous de certains médias, les fous du roi. Comme quoi, le soucis d’objectivité est tellement important à préserver. Une objectivité pour certains sujets, uniquement.

Je suis venue au Canada au début des années 90 pour fuire l’intolérance et l’asphyxie que la politique française a léguée en Tunisie: la pseudo-laïcité. Une laïcité qui sous prétexte d’empêcher la religion de s’emparer du pouvoir, est devenue le test ultime de la citoyenneté. Tu fais partie de la Cité si tu rejettes la religion ( surtout une en particulier). Ainsi, si tu pries, tu es un islamiste. Si tu portes le voile, tu es une opprimée ou un dangeureuse soldate qui veut influencer toutes les femmes du monde à le porter, si tu as des opinions politiques qui s’opposent au régime autocratique, alors tu es un islamiste et dois aller en prison. La liberté ne se mesure plus par l’illumination de l’esprit mais par les centimètres de peaux dévoilées ou par la couleur des cheveux et leur beauté. Voilà ce que j’ai fui.

Je me suis établie au Québec pour deux simples raisons: la langue et la quête de liberté.
Malheureusement, au fil des années, j’ai compris que les choses n’étaient pas aussi simple que je les entrevoyais. Ma langue française ne semble plus suffire alors que tout le débat identitaire depuis la révolution tranquille au Québec a principalement porté sur l’importance de la langue française. Ma langue était prise pour acquise, il fallait montrer une autre patte blanche: mon amour de la laïcité. Une certaine laïcité. Evidemment, le fait que j’ai décidé de porter un foulard à l’âge de vingt ans pour des motifs spirituels et religieux, ont fait de moi la candidate de l’oppression par excellence. Le Québec n’était pas aussi libre que je le pensais, le Québec voulait retrouver sa liberté et les personnes qui montraient un signe religieux contribuaient à son oppression: du moins c’est ce qui était dit et répété sur toutes les tribunes depuis les vingt dernières années. Le vote ethnique dérange. Le voile islamique dérange. Les centres islamiques dérangent. Le stationnement des musulmans dans les quartiers devant leur lieux des prière dérangent. Les musulmans qui mangent halal dérangent. Les musulmans qui ne mangent pas les fèves au lard dans les cabanes à sucre dérangent. Le niqab dérange. Les femmes d’origine maghrébines qui sont bardées de diplômes et qui travaillent dans des garderies parce qu’elles n’ont pas trouvé d’autres emplois plus qualifiés sont folles: elles dérangent.

Je me suis toujours retrouvée en train de me défendre: défendre mon choix vestimentaire, défendre ma religion, défendre mes idées, défendre mon intelligence. Et cela n’est pas venu dans un vase clos. Il y eu les attaques terroristes du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. L’invasion de l’Irak, puis l’Afghanistan, le printemps arabe, l’émergence de l’état islamique et la liste est longue. A chaque fois, il faut faire la démonstration que je suis loyale et à chaque fois ma loyauté est mise en doute. Car même si je dis la vérité, ce n’est pas la vérité qu’on veut entendre. Et après tout, un musulman ne dit pas la vérité: ça fait partie de sa foi.

A chaque fois qu’il y a un incident violent qui surgit dans le monde ou une attaque terroriste dans lesquels des musulmans sont impliqués: le débat devient: la violence de l’Islam ou de l’idéologie islamiste. Les pseudo- experts sont invités dans les médias non pas pour expliquer la complexité des politiques au Moyen-Orient mais plutôt pour créer plus de confusion et surtout pour brouiller les cartes. Les débats sur les accommodements raisonnables est devenue une plateforme légitime pour que les gens affichent leur ignorance mélangée à la peur exagérée des étrangers. Rares sont les politiciens et les journalistes qui ont résisté à la tentation d’y gagner des cotes d’écoute ou des votes. C’était la curée: chacun voulait sa part.

Malheureusement: on y a tout laissé une part de notre humanité.
La grande farce qu’on a appelé la charte des valeurs québécoises a rajouté à cet état des lieux: une xénophobie assumée, une peur de l’islam, une ignorance qui réconforte, un opportunisme et un calcul politique plus que machiavélique.

Jusqu’à dernièrement, cet été, le débat importé fraîchement de Fance sur le burkini a encore une fois attise les peurs des gens et personne ne s’est demandé combien de femmes vont porter des habits pareils dans les piscines québécoises. Peu importe les faits. On n’est plus dans le rationnel, on est dans le feu de l’action.

Entre-temps, des groupes racistes d’extrême droite, comme la Meute trouve le terrain propice pour augmenter et racoller des adhérents. Des blogues, qui étaient considérés comme marginaux, en l’occurence Point de bascule, continuent en toute impunité à déverser leurs mensonges dans la population et même chez certains politiciens. De l’obscurité vers la lumière. De la marginalisation vers la normalisation. Voilà ce qui a été fait pendant les dernières années. La déshumanisation des musulmans: ce ne sont pas des personnes qui méritent des droits. Leur Dieu est Allah, ce n’est même pas notre Dieu. Leur femmes sont opprimées alors pourquoi on leur donnerait plus de droit chez nous. Vous n’avez pas de droit chez vous, alors pourquoi vous voulez qu’on vous en donne ici. Ces répliques sont aujourd’hui normales, elles peuplent les médias sociaux.

La tragédie d’hier soir doit être un moment de ressaisissement. Un moment de la dernière chance pour ne pas sombrer dans la violence et dans la haine. Les six personnes qui ont été tuées hier soir et celles qui ont été blessées ont perdu leur vie ou luttent pour leur vie parce que d’autres personnes quelques part derriere un écran d’ordinateur, ou dans un centre de tir, ou dans un jeu vidéo ont jugé qu’elles n’avaient pas le droit de vivre parce qu’elles étaient musulmanes. Les politiciens Canadiens et Québécois n’ont rien fait de concret pour dire haut et fort que nous sommes tous des Canadiens et des Québécois. Que les noms Mohamed, Oussama et Ahmed sont des noms Canadiens et Québécois, que les filles qui portent un foulard sont aussi des filles Québécoises. Cela ne suffit pas d’être tolérés. Il faut aussi savoir accepter. Dans la différence mais accepter.

Salon du livre de Genève

Je viens de passer des journées magnifiques à Genève. J’ai visité pour la première fois le Salon du livre de Genève dans sa 30è édition, en tant qu’auteure canadienne. Des auteurs québécois comme Marie Laberge ou Patrick Sénécal y sont des habitués. Ils avaient leur fans qui les lisaient et qui en demandaient plus. C’était des stars du Québec.

Evidemment, personne ne me connait là-bas ni comme auteure ni comme militante engagée pour les droits de la personne. Toutefois, en tenant des séances de dédicace, j’ai fait la connaissance de certains lecteurs suisses qui m’ont paru trop ouverts et très intéressés par ce que j’avais à leur dire sur mon experience personnelle mais aussi en tant qu’écrivaine immigrante et qui parmi ses multiples identités se présente comme musulmane.

J’ai aussi l’occasion d’avoir eu une discussion avec un auteur français sur “la philosophie de la migration”. En fait, c’était plutôt un monologue. Mr. Hédi Kaddour qui est apparemment un écrivain connu en France, n’avait pas l’air du tout intéressé à parler de migration mais certainement passionné et animé pour parler de son livre “Les prépondérants”. Je n’ai pu établir aucun dialogue avec lui, c’est comme si je n’existais pas ou presque.

Bref, tout ça pour dire que mon expérience avec “M. et Madame tout le monde” était plus chaleureuse et plus humaine qu’avec un auteur, intellectuel qui a en fait tout pour partager avec les autres mais chez qui je n’ai pas détecté beaucoup de curiosité, du moins à mon égard…

Je comprend de plus en plus que porter un foulard peut créer des obstacles, pas chez moi en tout cas, mais chez les autres. Moi, qui ai décidé, de porter un foulard pour qu’on me prenne au sérieux au lieu de s’attarder sur mon maquillage ou sur ma coupe de cheveux ou sur la mode de vêtement que je porte, me retrouve aujourd’hui toujours ramenée à la case de départ: mon choix vestimentaire et tout ce que cela représente: l’oppression, l’intégrisme, l’obscurantisme…

Je reste cependant déterminée à écrire, à réfléchir et à partager mes écrits avec ceux qui sont curieux et ceux qui veulent apprendre, connaitre et découvrir, et non pas ceux qui sont imbus d’eux mêmes et qui pensent avoir tout compris sur le monde ou posséder la vérité ou la lumière unique qui les guidera dans cette vie.

Certes, les gens en Occident ont peur de l’islam et des musulmans. Mais, les gens ont aussi besoin d’un discours intelligent, nouveau et innovateur. Les gens ne croient plus toujours à ce que leur disent les médias ou certains pseudo-intelectuels ou experts en l’islam. Ils veulent autre chose. Ils veulent des explications honnêtes et personnelles. Ils veulent des histoires et c’est là où réside le travail. C’est là où nous avons besoin de nouvelles voix pour parler, discuter, échanger des idées.

 

 

Xénophobie, racisme, islamophobie:que fait le Canada?

En 2007, le débat qui a eu lieu sur les accommodements raisonnables a polarisé la société quebqoise. Des demandes de certains groupes religieux ont été amplifiées par les médias et instrumentalisées par des partis politiques pour rentrer dans une spirale dangereuse où la présence de la religion, autre que la religion catholique, soit devenue une source de malaise.

Les choses se sont calmées relativement pour quelques années pour reprendre de plus belles en 2013 lorsque le parti québécois a bâti toute sa campagne politique sur l’interdiction des certains symboles religieux en publique. Mais personne n’était dupe, la « charte des valeurs » qui était supposée de faire prévaloir la laïcité au Québec était devenue le prétexte idéal pour interdire aux femmes musulmanes de porter leur foulard, ou parfois niqab dans les milieux de travail.

Si le reste du Canada ne sentait pas nécessairement concerné par ce qui se passait au Québec, en se montrant parfois au dessus de ces mêlées ou en évoquant les deux solitudes, tel ne fut pas le cas l’été dernier lors de la campagne électorale fédérale. L’ancien premier ministre Stephen Harper a voulu jouer au jeu dangereux de la xénophobie. Il a introduit une loi sur la tolérance zéro face aux pratiques culturelles barbares (projet de loi), il a voulu changer les procédures en place en interdisant aux femmes musulmanes qui portent le niqab de ne pas pouvoir assister à la cérémonie d’assermentation tout en portant le niqab. Il a continué à faire appel aux jugements successifs rendus par les différentes juridictions en faveur de Omar Khadr. Il a annoncé la création d’une ligne téléphonique pour reporter des pratiques culturelles. Il n’a voulu prendre que 1300 refugies syriens dans une période de 2 ans. Bref, on pourrait dire qu’il s’est comporté comme un mini Donald Trump.

En fin de route, il n’a pas réussi dans toutes ses tentatives mais malheureusement, le Canada se réveille aujourd’hui d’un long cauchemar qui est devenu une réalité. Pendant, des années le Canada a surfé sur les vagues de son ancienne réputation du temps de Lester B. Pearson comme quoi nous sommes un pays qui participe dans des missions de rétablissement de la paix. Stephen Harper a tout fait dès sa venue au pouvoir pour prouver au monde que le Canada est une puissance belligérante. Nous sommes allés en guerre en Afghanistan, puis en Iraq et Syrie dans des missions de combat. Nous nous sommes positionnés farouchement contre la Russie dans le conflit ukrainien.

Pendant des années nous avons surfé sur notre réputation que nous accueillons les refugiés à bras ouvert et pourtant aujourd’hui à cause du contexte international mais aussi à cause de toutes ces années de manque de courage des certains politiciens et de mauvaise fois d’autres, nous avons un grand travail de reconstruction à faire. Certes nous ne sommes pas l’Europe avec son lourd passé coloniale et ses rapports tendus avec ses communautés en l’occurrence Magrébines et musulmanes. Toutefois, c’est tellement facile de le devenir si nous ne faisons rien. Si nous nous n’investissons pas dans l’éducation, dans le transport en public et dans les opportunités d’emploi pour tous.

Aujourd’hui, le Canada a accepté 25,000 nouvelles personnes venant de Syrie. Ceci doit être vu comme un atout, une richesse et non pas un fardeau. Cependant, cela pourrait devenir un fardeau si ces gens là et leurs enfants sont laissés pour eux mêmes, si les écoles ne sont pas dotées de ressources éducatives appropriées si les programmes de formation professionnelles ne sont adéquats pour préparer une nouvelle main d’œuvre, si la planification urbaine de nos villes ne soit pas créative en permettant aux anciens habitants et aux nouveaux habitants de se voir et se de rencontrer si on n’investit dans la petite et moyenne entreprise pour encourager l’esprit d’innovation et de d’entreprenariat. Tous ces programmes doivent être étudiés sérieusement et pris en considération ni on veut éviter que la xénophobie s’étende et devienne la règle au lieu de l’exception.

Aujourd’hui la xénophobie n’est pas seulement quelques incidents malheureux isolés, ce n’est pas seulement une mosquée brulée à Peterborough ou une femme voilée à qui on lui enlève le foulard de force dans une rue de Montréal. C’est plus que cela. La xénophobie est une idéologie, une industrie qui fait des profits, des partis politiques qui gagnent des votes et des consommateurs qui la consomment et en redemandent. On ne peut pas combattre la xénophobie par des simples pamphlets ou par quelques mots de bienvenue. Il faut la combattre avec des programmes éducatifs et sociaux adaptés avec une infrastructure urbaine bien réfléchie et surtout avec une vision ouverte, intelligente, concertée et qui vise loin.

Mes notes lors d’un panel au Sommet de l’institut Broadbent, le 1er avril 2016

 

 

 

C’est pas ma faute, c’est les autres!

En 2006, deux jeunes journalistes hollandais, Sinan Can et Jos Van Dongen travaillant pour la station télévision Zembla, se sont penchés sur l’histoire de Ayan Hirsi Ali. Cette pseudo intellectuelle qui a fait sa carrière sur le dos des immigrants musulmans en Hollande et sur le populisme dangereux de certains clichés orientalistes vieux du moyen âge.

Hirsi Ali est venue s’installer en Hollande pour fuir soi-disant un mariage forcé. Elle a bâtie en trombe une carrière politique en devenant par je ne sais quelle conviction politique, une porte parole d’un parti de droite dont le but est de stopper l’immigration.

Les deux jeunes journalistes en question, grâce à un travail de recherche acharné et rigoureux ont pu démontrer que Hirsi Ali est une imposteur et que son histoire de pauvre musulmane, qui a fuit sa tribu barbare pour finalement découvrir la modernité et la liberté en Europe, n’était pas aussi vraie que les hollandais voulaient la croire.

Ces deux journalistes ont tout simplement découvert que Hirsi Ali savait bien manipuler le public tout comme la vérité.

La ministre de la citoyenneté hollandaise de l’époque, une amie et alliée politique de Hirsi Ali n’a pas hésité une seconde à songer à lui retirer la citoyenneté hollandaise. N’eut été le tollé que cette décision a suscité parmi les parlementaires, la ministre allait suivre le geste à la parole.

Humiliée et délaissée par plusieurs de ses anciens fans, Hirsi Ali qui a joué les héroïnes de la liberté d’expression (visant uniquement: les immigrants musulmans) et la lutte contre l’oppression des femmes musulmanes, a rapidement trouvé une perche tendue généreusement par un think-tank de droite, American Entrepise Institue, qui l’a aussitôt invitée à grande pompe ( et aussi avec gros cachet, faut-il le rappeler) à s’installer aux États-Unis pour continuer sa croisée contre l’Islam et les hordes barbares de musulmans terroristes.

Dix ans plus tard, l’histoire se répète avec des similitudes presque effrayantes. Une certaine Djemila Ben Habib s’est installée au Québec fuyant la guerre civile en Algérie des années 90.

Elle a voulu faire carrière au Québec à la « Hirsi Ali ». Livre après livre, article après article, entrevue après entrevue, Ben Habib est devenue le chouchou des médias. Un détour incontournable quand il s’agit d’avoir une experte sur « la question musulmane » au Québec. Je me rappelle, une fois qu’elle a été invitée par Michel Deshautels à l’occasion de la sortie de son livre « Les soldats d’Allah à l’assaut de l’occident». Le journaliste, pourtant chevronné, n’a pas eu la perspicacité ou peut-être l’audace, de la confronter et lui demander la source de ses affirmations. Les journalistes qui sont sensés garder leur sens d’objectivité semblent le perdre ou du moins ne plus oser contredire Mme Ben Habib car elle était devenue la femme la plus courageuse qui disait tout haut ce que certains pensaient tout bas.

Même si ce qu’elle disait ou ce qu’elle écrivait n’était pas toujours vrai.

Est-ce le fait qu’elle porte un nom arabe et qu’elle ait une certaine relation avec un pays arabo-musulman qui lui procurent automatiquement carte blanche. Je me le demande toujours.

Mais heureusement qu’une journaliste indépendante, Odile Jouanneau, persévérante et courageuse a décortiqué ce que Ben Habib racontait toutes ses années et a démontré, avec la décision du Conseil de la presse du Québec à l’appui, que Ben Habib n’est pas aussi franche avec nous qu’elle semble l’être et qu’elle a commis des actes de plagiat graves dans ses écrits.

Bof, pourrait-on rétorquer! Ce n’est pas la fin du monde, car malheureusement plusieurs autres l’ont fait avant elle! Il faudra seulement se rappeler les cas de Marguerite Wente chroniqueuse au Globe and Mail qui n’a même pas été blâmée pour son plagiat, le cas de Fareed Zakaria suspendu de CNN pour plagiat puis réintégré et toujours en poste et surtout il ne faut pas oublier le cas de Bernard Henry Levy en France avec toutes les histoires, disons d’emprunts ou de contrefaçons de textes…

Mais ce n’est pas là notre propos. C’est plutôt la réaction de Mme Ben Habib qui étonne. Le fait qu’elle parle d’être victime d’une sorte de complot politico-médiatique est un peu la même excuse qu’elle reproche à ses ennemis islamistes d’utiliser pour se replier dans leur identité obscurantiste. N’est-ce pas justement cette attitude d’auto-victimisation dont elle accuse les « soldats d’Allah » de faire preuve, qu’elle utilise maintenant à son tour.

Ne serait-il peut-être pas mieux de se retrousser les manches et de travailler à mieux s’intégrer!

Même si je ne pense pas que les critiques dirigées par Ben Habib contre la communauté musulmane sont valides et justifiées, je trouve à la fois ironique et très révélateur qu’elle les utilise maintenant pour se disculper.

Ne faut-il pas quelqu’un lui rappelle d’arrêter de « chialer » et de se lamenter sur son sort et de devenir enfin un élément positif dans la société d’accueil?