En politique, il n’y a pas de “Best Friends Forever”

 

Malheureusement, il semble que pour plusieurs groupes musulmans du Québec, le travail de lobbying ou de représentation des droits des musulmans est souvent confondu avec la notion de tisser une amitié avec certains politiciens.

Heureusement que le premier Ministre Philipe Couillard, considéré par plusieurs de ces groupes comme un ami « raisonnable », est venu leur rappeler que dans la vie d’un politicien ce qui compte le plus ce sont les sondages et les caisses du parti et que les gentils mots échangés pendant certains festivals de « couscous » ou de « chameaux » ainsi que les quelques larmes sincères ou non, versées lors des funérailles des six musulmans assassinés à la mosquée de Québec, sont éphémères, rapidement séchées dès la publication du premier sondage qui dirait par exemple que la Coalition pour l’Avenir du Québec (CAQ), deviendrait un concurrent dangereux dans certaines circonscriptions électorales.

Ce n’est pas un secret que la CAQ, depuis des années, fait de la surenchère politique sur le dos des musulmans, des immigrants, en attisant la peur des citoyens et en leur faisait faussement croire que le terrorisme est un phénomène local et que les musulmans ont tous une part de responsabilité dans les actes violents commis par chacun qui s’appellerait « Mohamed », « Abdullah » ou porterait un prénom à connotation arabo-musulmane. Le premier ministre Couillard, dans sa crainte de voir le tapis lui être tiré sous les pieds par ses adversaires politiques, a haussé le ton et a soudainement laissé tomber ces « amis musulmans » qui tels que rapporté par certains médias sont sous encore le choc, comme si cela n’était pas prévisible à quelques mois des élections provinciales.

Mais, sarcasme mis de côté, les propos du premier ministre du Québec sont graves et erronés pour deux raisons principales.

Tout d’abord, le premier ministre s’est inspiré des propos du président français, Emmanuel Macron, alors que la situation en France est plus complexe et certainement distincte de celle du Québec. La France est en crise depuis des décennies avec ses concitoyens français de foi musulmane, dont les parents ou grands-parents sont d’origine maghrébine, issues des anciennes colonies comme le Maroc, l’Algérie ou la Tunisie.

Que vient faire le Québec là-dedans? Certes, il y a une grande communauté musulmane au Québec (environ 300,000 personnes) dont 63% sont originaires de l’Afrique du Nord, toutefois c’est une communauté issue d’une immigration relativement jeune (début des années 90), appartenant à un groupe socioéconomique, qui malgré les défis de chômage (taux aux alentours de 18%), n’est pas concentrée dans des HLM ou des ghettos ethniques comme c’est le cas de la France, et constitue l’une des communautés les plus éduqués au Canada (48% détiennent des diplômes universitaires).

Par ailleurs, la France, a vu les deux dernières années, une vague d’attentats se déferler sur son territoires. Ces actes ont été commis par des français musulmans. En deux ans, le nombre de victimes de ces actes s’est élevé à 239 victimes. De plus, il y a environ 900 français qui sont partis combattre en Syrie et en Iraq.

Au Québec, il n’y a pas eu de vague d’attentats terroristes. En 2014, il y a le militaire de Saint-Jean sur Richelieu qui a été tué par Martin Rouleau, un jeune qui s’est converti à l’islam et qui faut-il le rappeler souffre de plusieurs troubles mentaux. Et bien sûr, l’histoire des jeunes québécois qui ont quitté le Québec pour aller renflouer les rangs de certains groupes combattants en Syrie. D’après ce que rapportent certains médias, entre 2012 et 2015, il y aurait eu six jeunes qui sont partis et dix autres qui ont été arrêtés par les autorités policières pour avoir essayé de joindre les rangs de certaines organisations terroristes en Syrie. Et malgré ces chiffres statistiquement non significatif, un centre pour la prévention contre la radicalisation menant à la violence a été mis en place à Montréal en grande pompe avec l’aval du maire Denis Coderre et de toute la classe politique. Aujourd’hui, la question qui se pose: « pourquoi, il n’y a pas eu un centre pour la lutte contre l’islamophobie après que six pères de famille soient tués dans leur lieux de prière, le mois de janvier passé? »

Deuxièmement, le premier ministre Couillard, a utilisé dans ses propos une rhétorique dangereuse souvent utilisée par certaines personnes en position de pouvoir et de privilège pour critiquer les demandes de certaines victimes. Ce qu’il a dit serait semblable à critiquer une femme qui a subit une violence sexuelle en lui rétorquant que c’est la façon dont elle s’habille qui est la cause de son malheur.

Et pourtant le premier ministre n’est pas fait une sortie le jour où les chiffres de Statistiques Canada ont révélé que ce sont les musulmans qui sont ceux qui ont subi l’augmentation la plus considérable d’actes haineux.

Non seulement les musulmans ont vu le nombre de crimes haineux contre eux augmenter d’une manière fulgurante mais que cette violence est généralement l’œuvre d’hommes âgés entre 18 à 24 ans.

Pourquoi, alors le premier ministre Couillard ne s’est-il pas adressé à ce groupe démographique et lui faire la leçon de morale, comme il l’a fait avec les musulmans, et lui demander de se distancer de ces crimes haineux et de reformer leur idéologie violente?

Les représentants de la communauté musulmane ont cru qu’en étant gentils et dociles avec le gouvernement, les choses s’amélioreraient d’elle même.

Malheureusement, en politique et quand il s’agit de revendiquer ses droits, il faut crier haut et faire, il faut faire beaucoup de bruit, il ne faut pas mâcher ses mots, il faut des demandes claires et il faut du courage pour poursuivre la lutte.

Après la mort de six hommes tué par un terroriste québécois dont on ignore presque tout sur sa religion et ses croyances religieuses et ses opinions politiques, aucune action concrète n’a été mise en place par le gouvernement Couillard pour éduquer la population et prévenir les actes de haine et d’islamophobie.

Il est temps que les musulmans du Québec, et du Canada aussi, sachent qui ni les Couillard, ni les Lisée, ni les Legault, ni les Nadeau- Dubois, ni même les Trudeau, ne sont des amis pour la vie. Ce sont des hommes politiques qui cherchent à se faire élire et gagner des élections. Le droit à la dignité, le respect et la liberté ne seraient jamais obtenus par des poignées de main, des sourires laconiques ou des « égo portraits » pris avec des politiciens opportunistes, mais plutôt par des luttes sociales, de l’éducation et surtout du travail militant intelligent et courageux, sur le terrain et de longue haleine.

 

 

 

 

 

There’s No Justifying Canada’s Flawed Counter-Radicalization Plan

In his mandate letter to Public Safety Minister Ralph Goodale, Prime Minister Justin Trudeau included the creation of an Office of the Community Outreach and Counter-Radicalization Coordinator.

In the 2016 federal budget, the Liberal government pledged to spend $35 million over five years to set up such an office. So far, the Liberal government hasn’t made any official announcement about the office, although Public Safety Minister Ralph Goodale hinted to some news outlets that the so-called office would focus on “radicalization to violence of all kinds,” as opposed to the previous Conservative government’s strategy of exclusively targeting Muslim Canadians.

According to some media reports, it seems that the Canadian government’s counter-radicalization model gets its inspiration from what the British government has already implemented in recent years: the Prevent strategy, a program that proved to be a failure at many levels and by all standards.

Two NGOs, the U.S.-based Open Society Justice Initiative and Rights Watch U.K., studied Prevent and its sister program, named Channel, and found in 2016 major flaws with them both. One of the main criticisms is that these programs are based onprofiling and targeting Muslims, particularly in schools, in kindergartens and in health institutions. But most importantly, there is a lack of consensus among academic experts that these counter-radicalization programs are scientifically reliable.

The notion of certain “indicators” identified as risk factors that would draw individuals to terrorism has been discredited by many scholars: “Indeed, the claim that non-violent extremism — including ‘radical’ or religious ideology — is the precursor to terrorism has been widely discredited by the British government itself, as well as numerous reputable scholars.”

The creation of such a program relies on several false premises. It wrongly assumes that Muslim youth are prone to espouse violent ideologies or perpetrate violent crimes more than their peers. Recently, Statistics Canada released the disturbing figuresabout hate crimes in Canada that happened in 2015. In summary, the new figures convey to us two main points:

  • That Muslims communities are among the groups that saw the highest increase of hate crimes perpetrated against them.
  • That the perpetrators of these heinous acts are young men between the age of 18 and 24.

These figures are not surprising to say the least. Many grassroots groups have in the last couple of years shown and documented the rise of Islamophobic acts. Simultaneously, academics brought attention to the rise of violent right-wing extremist and racist groups in Canada.

Neither the provincial or federal governments took these indicators or studies seriously and never acted upon them to present new legislation to fight this phenomenon. The narrative that “Muslim youth are attracted to violence and Jihad” remains very widespread. Meanwhile, groups like Pegida, La Meute, Soldiers of Odin and the Jewish Defense League, to name only a few, are thriving and gaining in popularity and seeing their membership increase. Their protests are also becomingmore public and more provocative. Up until today, an investigative piece reported about a new violent anti-Muslim group — III%, or the “three per cent,” — which claims that they are heavily armed and ready to wage a war on Canadian soil.

After the attack on the Quebec City Mosque, last January 2017 and the assassination of six Muslim men, federal, provincial and local politicians denounced the attacks and said some comforting words to the Muslim communities across the country. Nevertheless, no concrete action was taken to tackle Islamophobia. No extra funding (of very little) was given to schools to fight Islamophobia through education programs. No new measures were adopted by local police to make arrests and ensure that prosecutions of hate crimes are successful.

The only concrete initiative that was undertaken was the introduction of motion,M-103 in the Parliament by Liberal Member of Parliament Iqra Khalid. One of thepurposes of the motion was to “study how the government could develop a government-wide approach to reducing or eliminating systemic racism and religious discrimination, including Islamophobia, and collect data to provide context for hate crime reports and to conduct needs assessments for impacted communities.” The motion was never intended to be a piece of legislation, but simply a proposal to draw attention about an increasing phenomenon.

The media and political backlash that ensued after this initiative couldn’t be justified by the real impact this motion proposed to have. Indeed, it created a huge controversy among politicians; some of them hid behind the classic pretext that the use of the word “Islamophobia” would mean the end of freedom of expression and free speech, and the destruction of our democracy and liberal values.

In 2014, when two Muslim individuals attacked and killed two Canadians Forces members, one in Saint-Jean in Quebec and the other near the Parliament Hill in Ottawa, then-Prime Minister Stephen Harper introduced Bill C-51, which became the Anti Terrorism Act 2015 — one of the most intrusive pieces of legislation threatening the civil liberties of all Canadians. It was widely denounced by several law professors, former judges and human rights activists. Some of the politicians who last February vehemently opposed M-103 voted in 2015 for Bill C-51 and weren’t that concerned about the real impact the legislation had on the freedom of expression and civil liberties.

Moreover, there has never been a public debate about the root causes of terrorism in Canada. Citing Canada’s successive military missions in the Middle East — Afghanistan, Iraq, Libya, Syria — as one of the reasons that push some young Canadians to join violent groups is practically taboo. Linking these attacks to mental-health issues, drug addictions or social and economical marginalization are brushed off as legitimization of violence. Rather, the general public is made to believe that these violent acts are solely explained by the faith and religious beliefs of the perpetrators, which happened to be Islam.

This reductionist approach to define, tackle and explain terrorism continues to justify the creation of a $35-million public office. Rather, the money could have been spent on development of education programs in schools to fight hate, on special training for law enforcement forces to understand racial profiling and on NGOs that offer mental and economic support to marginalized youth.

This article was published on the Huffington Post