Xénophobie, racisme, islamophobie:que fait le Canada?

En 2007, le débat qui a eu lieu sur les accommodements raisonnables a polarisé la société quebqoise. Des demandes de certains groupes religieux ont été amplifiées par les médias et instrumentalisées par des partis politiques pour rentrer dans une spirale dangereuse où la présence de la religion, autre que la religion catholique, soit devenue une source de malaise.

Les choses se sont calmées relativement pour quelques années pour reprendre de plus belles en 2013 lorsque le parti québécois a bâti toute sa campagne politique sur l’interdiction des certains symboles religieux en publique. Mais personne n’était dupe, la « charte des valeurs » qui était supposée de faire prévaloir la laïcité au Québec était devenue le prétexte idéal pour interdire aux femmes musulmanes de porter leur foulard, ou parfois niqab dans les milieux de travail.

Si le reste du Canada ne sentait pas nécessairement concerné par ce qui se passait au Québec, en se montrant parfois au dessus de ces mêlées ou en évoquant les deux solitudes, tel ne fut pas le cas l’été dernier lors de la campagne électorale fédérale. L’ancien premier ministre Stephen Harper a voulu jouer au jeu dangereux de la xénophobie. Il a introduit une loi sur la tolérance zéro face aux pratiques culturelles barbares (projet de loi), il a voulu changer les procédures en place en interdisant aux femmes musulmanes qui portent le niqab de ne pas pouvoir assister à la cérémonie d’assermentation tout en portant le niqab. Il a continué à faire appel aux jugements successifs rendus par les différentes juridictions en faveur de Omar Khadr. Il a annoncé la création d’une ligne téléphonique pour reporter des pratiques culturelles. Il n’a voulu prendre que 1300 refugies syriens dans une période de 2 ans. Bref, on pourrait dire qu’il s’est comporté comme un mini Donald Trump.

En fin de route, il n’a pas réussi dans toutes ses tentatives mais malheureusement, le Canada se réveille aujourd’hui d’un long cauchemar qui est devenu une réalité. Pendant, des années le Canada a surfé sur les vagues de son ancienne réputation du temps de Lester B. Pearson comme quoi nous sommes un pays qui participe dans des missions de rétablissement de la paix. Stephen Harper a tout fait dès sa venue au pouvoir pour prouver au monde que le Canada est une puissance belligérante. Nous sommes allés en guerre en Afghanistan, puis en Iraq et Syrie dans des missions de combat. Nous nous sommes positionnés farouchement contre la Russie dans le conflit ukrainien.

Pendant des années nous avons surfé sur notre réputation que nous accueillons les refugiés à bras ouvert et pourtant aujourd’hui à cause du contexte international mais aussi à cause de toutes ces années de manque de courage des certains politiciens et de mauvaise fois d’autres, nous avons un grand travail de reconstruction à faire. Certes nous ne sommes pas l’Europe avec son lourd passé coloniale et ses rapports tendus avec ses communautés en l’occurrence Magrébines et musulmanes. Toutefois, c’est tellement facile de le devenir si nous ne faisons rien. Si nous nous n’investissons pas dans l’éducation, dans le transport en public et dans les opportunités d’emploi pour tous.

Aujourd’hui, le Canada a accepté 25,000 nouvelles personnes venant de Syrie. Ceci doit être vu comme un atout, une richesse et non pas un fardeau. Cependant, cela pourrait devenir un fardeau si ces gens là et leurs enfants sont laissés pour eux mêmes, si les écoles ne sont pas dotées de ressources éducatives appropriées si les programmes de formation professionnelles ne sont adéquats pour préparer une nouvelle main d’œuvre, si la planification urbaine de nos villes ne soit pas créative en permettant aux anciens habitants et aux nouveaux habitants de se voir et se de rencontrer si on n’investit dans la petite et moyenne entreprise pour encourager l’esprit d’innovation et de d’entreprenariat. Tous ces programmes doivent être étudiés sérieusement et pris en considération ni on veut éviter que la xénophobie s’étende et devienne la règle au lieu de l’exception.

Aujourd’hui la xénophobie n’est pas seulement quelques incidents malheureux isolés, ce n’est pas seulement une mosquée brulée à Peterborough ou une femme voilée à qui on lui enlève le foulard de force dans une rue de Montréal. C’est plus que cela. La xénophobie est une idéologie, une industrie qui fait des profits, des partis politiques qui gagnent des votes et des consommateurs qui la consomment et en redemandent. On ne peut pas combattre la xénophobie par des simples pamphlets ou par quelques mots de bienvenue. Il faut la combattre avec des programmes éducatifs et sociaux adaptés avec une infrastructure urbaine bien réfléchie et surtout avec une vision ouverte, intelligente, concertée et qui vise loin.

Mes notes lors d’un panel au Sommet de l’institut Broadbent, le 1er avril 2016

 

 

 

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